Echapée

Avancer, toujours avancer, ne pas regarder ce qu'il y a derrière soit. Les immeubles défilent, portait par le pas toujours plus rapide de mes pieds, je ne vois même plus le décor, tout ce qui compte, c'est d'avancer. Mes pieds me brûlent et se succèdent routes et trottoirs, pavés et goudrons, terre et asphalte, sans que rien ne m'arrête.
Mes muscles épuisés demandent un temps d'arrêt mais rien n'y fait, il faut avancer, ne jamais se retourner. Avancer sans réfléchir, la tête vide, prendre à droite ou à gauche, quelle importance tant qu'on avance, être toujours plus loin de ce qui est derrière soit, oublier ce qu'on a vu quand on l'a dépassé et surtout, ne pas se retourner.
Que se passerait il si l'on jetait ne serais-ce qu'un seul regard, mieux vaut ne pas savoir, fuir toujours plus loin jusqu'au bout de l'univers, perpétuelle fuite en avant.
La sueur coule dans mon cou, collant mes vêtements à mon corps brûlant, un goût de sel envahit ma bouche, pas le temps cependant de s'essuyer. Mes pieds dérapent, déjà sans force. Peu m'importe, il faut continuer, je me relève le nez en sang, pas le temps de s'appesantir, j'avance.
Les voitures défilent sous mes yeux aveugles, j'avale toujours plus de bitume et de chaussée, le sang continue à couler, les passants me regardent étrangement, visages vides et menaçants d'une foule grise et sans vie. J'oublie, rien ne m'arrête. Je crois que même si mes pieds lâchaient, je continuerais à avancer, lancer vers l'avant tel un missile vers sa cible, dirigé vers un seul but devenu sa raison de vivre, sa raison d'avancer. Ma chaussure s'enlève brusquement, mais surtout ne pas se retourner, avancer encore et encore sur le trottoir glacé, vaincre ce vent qui me frappe sans répit et mord chaque centimètre de peau découverte, me serrant comme un étau dans ces bras puissants. Mes orteils se replient lorsqu'ils touchent les cailloux aux lames pointues. Avancer, avancer encore, voir s'il y a un bout, là-bas, une fin à toute chose. Si c'est la mort, je suis prête à l'affronter tant que je n'ai pas à me retourner. Derrière moi, j'entends une sorte de grondement, sourd et profond, une pulsation qui transperce tout, le néant me coursant. Je sais que c'est lui, ni le temps, ni la distance ne l'ont arrêté. J'accélère, je vois à peine mes pieds, j'ai même l'impression de voler. La douleur aiguë est devenue plus diffuse, baignant mon corps dans une aura de souffrance. La fièvre est là, trompeuse chaleur dans un esprit déjà erratique, enfermé dans son leitmotiv qu'il répète comme une berceuse sans fin. Je cours à présent, mes bras fendent l'atmosphère, brisant les éléments qui tentent de ralentir ma course, ma bouche s'ouvre en grand, gobant avidement l'air pollué et le sang au goût métallique. Je m'étouffe et cherche à reprendre mon souffle, mes poumons sont en feux, j'ai l'impression qu'ils vont éclater ; mais qu'ils éclatent, peu m'importe, tant que je continue à avancer.
La tête me tourne, la route chancèle, jouant des tours à mon esprit dérangé. A présent, elle se balance lentement sous mes pas tel un serpent se tordant, chose visqueuse et trompeuse, qui cherche à me faire tomber. Mes cheveux sont collés à mon visage, brouillant encore plus ma vue alors que se rapproche le grondement. Il emplit mes oreilles, ma tête, mon c½ur, toujours, toujours plus fort. En un cri je me bouche les oreilles mais rien n'y fait, je l'entends qui tape, tape encore. Il est si proche à présent et il résonne si fort que ma tête me lance et que je crie sans interruption. Soudain le choc. Face à moi un mur. Les briques rouges s'entassent, formant une barrière inviolable et infranchissable. Je tape, tambourine, griffe la pierre de toutes mes forces, jusqu'à m'en faire mal. Du sang coule de mes mains mais je m'en indiffère.
Ceci ne peut être la fin, je dois encore avancer, savoir ce qui se trouve de l'autre côté et même plus loin, il ne peut s'agir d'une impasse...et ce grondement qui de plus en plus se rapproche.
Je tombe à genoux, mon corps se dérobant, ma tête heurte le mur brutalement mais la pierre froide tel une clair fontaine pour un voyageur assoiffé rafraîchit le feu de ma fièvre. Lentement, dans un mouvement qui semble durer des siècles, je me retourne.
Pour pouvoir avancer, il me faudra faire face à ce passé, ne plus fuir et affronter, même si cela signifie mourir. Car j'aurais beau courir, il me poursuivra à jamais et je finirais toujours ici, à ne plus pouvoir avancer. Se retourner, regarder et affronter. Le grondement se fait plus fort et soudainement comme s'il avait toujours était là, il apparaît.
Quelle chose étrange de se contempler, miroir à l'identique, nos deux reflets mêlés, une même identité séparés en deux. Mon passé c'est moi, jeune fille à genoux sur les pavés, collée contre un mur de brique, les cheveux emmêlés, le visage brillant de sueur tandis que sèche sur sa bouche le sang de son nez, son regard est pure horreur et sa main ensanglantée s'accroche encore frénétiquement au mur de pierre, comme étrangère à sa pensée, pour s'échapper de cette impasse. Je me lève péniblement, m'avance vers lui, je touche ses cheveux, me penche et le prend dans mes bras, tel deux jumeaux enlacés, deux moitiés réunis formant ce tout tant fuit. Sans passé pas de présent et sans présent pas d'avenir. Je prends délicatement sa main, mon image me sourit, nos doigts s'entremêlent, nous nous dirigeons vers le mur et sans un bruit nous traversons le mur détruit, découvrant à deux ce qu'il y a de l'autre côté.

[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 23 avril 2008 12:35

Texte

Une route sans fin traversait l'horizon, bande de bitume noir tranchant sur les tons ocres du paysage, chemin vers un ailleurs, lointain et étranger. Un vent chaud soufflait, chassant le sable fin du bitume brûlant. Le soleil était écrasant, immuable et tangible, faisant vibrer l'air de mirages tremblants. Non loin de la route s'étendait la mer, grande étendue secouée par de faibles vagues, mer d'huile éternelle et sans fin. Le vent, chargé de grains de sable, cruel et ardent comme le souffle d'un dragon, apportait à mes narines une douce odeur iodée. Pas un animal, pas un être humain ne se trouvait à des milles. Le temps semblait s'être arrêté et le monde avait sans doute lui aussi cessé de tourner. Quelques rares arbustes avaient percé le sable chaud et tentaient de survivre tant bien que mal aux bourrasques soudaines du vent incandescent. Soudain, apparaissant derrière une dune dorée, un petit écrin de nacre, un ravissant coquillage rosée, charmait mes yeux et mon c½ur ébahi. Le silence était tangible, l'on entendait bruire les sapins non loin, et paisible et monotone, comme une douce berceuse, le ressac chantait à mes oreilles. Le vent, en soulevant le sable blond, créait un doux murmure qui l'espace d'un instant emplissait l'horizon des fantômes d'un passé tragique. Quelques fois, un oiseau blanc fendait de son vol gracieux le bleu du ciel si pur qu'il se confondait avec la mer. Alors, son ½il aveugle contemplant le lointain, il laissait tomber son corps, s'abandonnant quelques instants aux éléments, laissant soudain échapper un cri lugubre qui résonnait comme à l'infini, perpétuellement répercuté par les vagues. Une solitude si extrême se dégageait de ces animaux. Et ils continuaient leur route, seul à jamais, condamné à errer sans repos, la terre à jamais éloignée, pendant que filait sous leurs yeux fatigués l'éternelle mer et les nuages gris.
J'ôtai mes sandales et posai mes pieds sur le sable brûlant. Aussitôt il engloutit mes pieds, les entourant d'un halo de feu, s'infiltrant entre mes orteils pour retrouver la caresse du soleil écrasant. Je respirai un grand coup, avalant avidement l'air chaud au goût si salée. Puis je m'avançai vers la mer d'un pas souple mais rapide, brûlée par la morsure du sable cruel. L'eau salée fut un baume apaisant. Un froid bienfaiteur après la chaleur torride du sable. Je m'enfonçai un peu plus dans la mer, les vagues léchant mes genoux. L'eau caressait doucement mes jambes, les lavant et les pansant délicatement alors qu'elle engloutissait peu à peu mes vêtements, faisant parcourir de délicieux frissons sur ma peau blanche. Je me débarrassai de mes vêtements si encombrants et me retrouvai en mon costume originel, nue et fière, une Aphrodite nouvellement née, vêtu de sa seule beauté. J'offris un instant mon visage au soleil qu'il baigna alors d'une lueur rougeoyante. Yeux clos, lèvres ouvertes, je m'efforçai d'inspirer sa chaleur, de l'avaler pour la garder au fond de moi tel un précieux trésor. Il caressa une dernière fois mes cheveux avant que je me fus avancé trop loin et que la mer les nimba de son eau. L'odeur de sel se faisait plus forte. Je sentis sous mes pieds la course des gravillons dérangés par mes pas. Je continuai cependant mon chemin, sur la pointe des pieds, l'eau montant toujours plus. Je m'arrêtai une dernière fois, avant que l'eau n'envahissent la dernière partie immergée de mon être. Puis je plongeai. Mes poumons se révoltèrent contre l'eau glacée qui les envahissaient soudain. Raffermissant la prise de mon esprit, je m'enfonçais plus encore dans l'abîme sous-marin. Ma bouche s'ouvrait en spasmes convulsifs, émettant un sifflement sourd lorsqu'elle rencontrait l'eau salée au lieu de l'air tant espérée. Ma tête se mit à tourner, ma vue se brouilla, teintant de brume le fond marin, affaiblissant la lumière du soleil qui me parvenait à travers les flots. Mon c½ur battait très vite, sa course s'affolait. Il se révoltait contre cette fin, battant dans tout mon corps comme un tambour fou. J'ouvris une dernière fois la bouche, emplissant ma trachée d'eau et la funeste rythmique s'éteignit peu à peu. J vis une dernière fois l'abîme sous-marin alors que le soleil s'éteignait à tout jamais, le froid m'engourdissant, je sombrais dans des ténèbres éternelles.

[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 23 avril 2008 12:35

Visions de Peyrouse

Mes pieds résonnent sur les pavés en cette belle fin d'été. Murailles, églises et jardins oubliés se disputent la faveur de mes regards émerveillés. Peut être qu'à l'endroit où je passe, jadis, courait une demoiselle en sabots. Ses pieds tapant sur les pierres inégales, rythmant la respiration saccadée qui accompagnait sa course. Un regard par-dessus la muraille. En bas s'étendent monts et vallées où les paysans du seigneur mènent la dure vie des gens de la terre. Et puis la fraîcheur de l'église. Comme si l'on passait un linge mouillé sur le front d'un malade fiévreux. Tous les bruits y semblent assourdis et l'on entend tout bas, le chuchotement des gens présents. Le soleil entre à travers les vitraux, colorant les habits de saints endormis. La jeune fille s'avance sur la pointe des pieds, respectueuse de la quiétude des lieux. Un signe de croix vite ébauché face à l'autel, puis elle rejoint les bancs alignés sagement. La tête basse, les mains jointes, elle rêve d'une vie meilleure pour elle, pauvre fille de paysan. Retour à notre époque, je caresse le bois des bancs, faisant fuir par la même occasion le fantôme de la jeune fille. Un dernier regard à la pièce aux murs blancs parcourue de chuchotements et je retourne dehors. Le soleil est là à m'attendre, écrasant et sans pitié. Les rues s'enfilent les unes dans les autres pour mener au c½ur du village sur une grande place sur laquelle trône, impressionnant de vieillesse, un antique tilleul. Cette fois ce ne sont plus des chuchotements mais des cris joyeux d'enfants courant mains dans la main, les remarques admiratives de touristes émerveillés, où la douce mélopée d'une langue qui me reste inconnue. Et devant, le tilleul, immuable. Derrière résonne un bruit de sabots, assourdissant.
Bientôt apparait une troupe de chevaliers. A cheval, vêtus de leur côte de maille et de leur écusson à la croix rouge, ils impressionnent leur monde. Pourtant leurs visages sont burinés, brûlés par le soleil, vieilli avant l'âge et leurs yeux sont rougis par la fatigue et les horreurs aperçues. Des rires gras éclatent entre eux. Ce soir, ils dormiront à la taverne, les filles ne seront pas en sécurité dehors. L'un d'eux à la barbe brune se saisit d'une jeune fille qui passe en tenant un seau d'eau. Il la fait grimper sur son cheval et les autres rient devant la mine apeurée de la fillette. Elle ne doit pas avoir plus de douze ans, le père la regarde avec inquiétude mais ne peut intervenir : les chevaliers du seigneur sont sans pitié. L'homme l'embrasse sauvagement sous les gobelets moqueurs de ses camarades, puis, avec une dernière tape sur les fesses, la laisse s'enfuir précipitamment. Ils descendent enfin à terre et entrent dans la taverne. Retour brutal aux touristes et aux enfants geignant dans les jupes de leurs parents. Le soleil tape dur et l'on voit fleurir un peu partout des boissons fraîches et surtaxées. Passons notre chemin. Les ruelles cèdent placent à de petits chemins défoncés qui descendent la colline et quelques fois, un chat traverse, grimpant avec souplesse sur la muraille pour disparaître aussi vite qu'il était venu. Voici le lavoir. Ce n'est plus maintenant qu'un tas de ruine. Des cris d'enfants encore, mais d'une autre époque et une chanson, entraînante et mélancolique, comme un sort lancé sur mon âme, fredonnée par de douces voix féminines. Descendant lentement, un seau de linge sale sous un bras et tenant le battoir de l'autre, arrivaient les femmes du village. Un cortège d'enfants les escortant et bruyamment, jouant avec un caillou rond. Plus tard venait l'odeur du savon qui s'envolait, entêtant parfum, dans le ciel d'été. Les coups de battoirs résonnant sur les draps, les cris hystériques des enfants aux alentours.... Tout s'atténue peu à peu. Il ne reste plus devant mes yeux mélancoliques, qu'une ruine sans vie. D'autres rues encore, magasins de souvenirs et de spécialités semblent pousser un peu partout. Puis au détour d'un carrefour, apparaît sans prévenir, un jardin intérieur. Aujourd'hui en friche, l'herbe et les rosiers s'étendent, sans maître pour les retenir. Je ramasse une fleur à terre et je vois la main d'une demoiselle, couverte de bagues et de pierres, prendre la fleur que je convoitais. Je relève la tête. Le jardin n'est plus en friche. Rosiers et autres fleurs s'épanouissent dans le plus grand ordre, sans doute entretenu par la rafraîchissante fontaine qui le surplombent de son centre. Et parmi cet étalage de beauté, la plus belle des fleurs, la jeune demoiselle tenant amoureusement sa rose. Sa douce main frêle est serrée sur la fleur qu'elle porte d'un air rêveur à son visage pour en sentir le parfum. Ses cheveux d'ébène sont coiffés et disciplinés en une savante coiffure. Resplendissante dans sa robe de velours violet, elle semble être une apparition, une sylphide nymphe arrivée ici par hasard. Son regard de jade erre sur les murs, un peu inquiet. Elle s'assoit sur un banc en pierre prés de la fontaine. Elle semble écouter le clapotis de l'eau et les mélodieux pépiements d'oiseaux mais son esprit est loin, perdu dans une étrange contrée. Soudain, un bruit. La jeune femme relève la tête, et, apparaît, grimpant à la muraille, un beau jeune homme blond. Vêtu d'un habit de velours rouge et de chausses blanches, il ne semble nullement ennuyé par ses vêtements, il enjambe prestement le mur et atterrit d'un bond félin près de la jeune fille. Ses yeux bleus caresse le corps de la jeune fille, caché sous sa longue robe. Puis il lui sourit. Aussitôt le visage de la jeune fille prend vie et elle se jette dans les bras qu'il lui ouvre. Les laissant à leur amour naissant, je détourne le regard. L'après-midi touche à sa fin. Ma langue est sèche et mon esprit semble me jouer des tours. Sous mes yeux se mêlent passé et présent et la frontière disparaît peu à peu. Je rebrousse chemin et alors que je passe la porte de la ville, je jette un dernier regard vers le château qui la surplombe et j'aperçois comme un rideau qui se ferme sur un visage de jeune fille. La porte passée, je retrouve le bruit de la circulation et l'odeur nauséabonde des pots d'échappements. La magie s'est envolée. Plus jamais je ne retrouverais ce que j'ai ressenti lors de cet après midi dans cette ville médiévale fortifiée, dans la vile de Peyrouse.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 23 avril 2008 12:34

L'angoisse de la page vide

L'angoisse de la page vide

Une fois de plus, je me retrouve face à cet écran stérile, à cette feuille vierge. Ma tête est vide, tout est diffus. Les belles pensées, les paroles qui m'envahissaient tout à l'heure semblent s'être évaporées. Où sont-ils passés ces moments d'inspiration, ces élans lyriques qui m'emplissaient totalement et un moment me laissaient espérer ?
Espérer quoi exactement ? Que je saurais traduire, décrire les couleurs, les sensations, les atmosphères ?
Ô mots trop impuissants, trop imparfaits...J'ai beau ciseler les verbes, les noms, la ponctuation, jamais je ne m'approche de la vérité. Et les si fugaces moments, où je crois toucher du bout du doigt cet idéal, ne sont que pure rêverie.
Incapable de transcrire, de mettre des mots, de faire refluer à ma conscience ce que je me refuse à admettre. L'écran, la feuille tangue sous mes yeux sans vie. Je cherche à l'atteindre, mais sans cesse elle m'échappe. Où est ma muse créatrice ?Celle qui à l'approche du sommeil vient me glisser à l'oreille des paroles ailées emplies de poésie que j'aimerais m'empresser de noter mais qui s'échappe le matin venant ?
Torture, cruelle machination...Mon imagination autrefois galopante n'est plus aujourd'hui qu'un tas de ruines fumantes. Armée d'un tison, j'en remue les cendres, cherchant en vain les miettes d'un passé révolu. Le cadre, les normes, le moule, tant de limites à ma créativité.
Impuissante toujours à transcrire ce que je ressens réellement, les mots, les émotions qui se bousculent sur mes lèvres, qui s'agglutinent dans mon esprit et qui peu à peu m'étouffent.
Je ne peux parler, je ne peux écrire, je ne peux communiquer et peu à peu je m'enfonce dans ce brouillard blafard. Ma page est toujours vide, mes doigts, ma main se crispent sur le vide. Saisir l'insaisissable, transcrire l'intranscriptible, je ne suis pas à la hauteur de ma tâche.
Je m'obstine à rêver, je me perds dans mes chimères, et je ne suis en faite qu'une boule de papier froissé au fond d'une corbeille, qu'un écran désespérément privé de ses lettres, je ne suis rien qu'une angoisse, l'angoisse de la page vide.

# Posté le mercredi 23 avril 2008 12:32

L'oiseau

Un oiseau solitaire
Dans un ciel gris et lourd
Volant par dessus une mer
stérile et infinie.
Son oeil jaune scrute
Sans fin l'horizon.
Aucune terre en vue,
Aucun être vivant,
Juste le vol du rapace
fendant le clair obscur grisatre
d'une journée éternelle.
Plus de temps, plus de fin,
Plus de commencement, plus d'espace,
Plus personne, plus de vie.
L'oiseau pousse un cri strident
qui se répète à l'infini,
Cherchant un écho sur l'écume des vagues
ou dans l'opaque des nuages infinis.
Une force,
Lancée vers l'avant
Dans ce paysage lugubre,
Ne trouvant pour compagnie
Qu'un air vicié et le froid du vide.
Ainsi commence sa chute,
un poids, une pierre,
fendant les élements qui se mélangent.
Le gris de la mer rejoçint celui du ciel,
Nuages et écumes se fondent l'un à l'autre
Plus d'endroit, ni d'envers,
Plus de haut, ni de bas,
Et l'oeil jaune s'éteint
Dans un dernier scintillement.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 23 avril 2008 12:32